Il y a quelques semaines, deux sénatrices de la mission d'information sur la souffrance psychique au travail venaient à la rencontre de L'BURN, à la Maison des BURN'ettes, à Bordeaux. Pour notre association, cette visite représentait une étape importante : faire entendre la voix des femmes en burn-out auprès des institutions et contribuer, à partir de notre expérience de terrain, à mieux faire comprendre la réalité du burn-out.
Le 8 juillet dernier, le rapport issu de cette mission a pourtant été enterré. Cinq mois d'auditions, plusieurs déplacements, 39 recommandations : au Sénat, une majorité de sénateurs a refusé d'en autoriser la publication.
Nous voulons revenir ici sur ce que fut cette rencontre, sur ce que nous y avons porté, et sur ce que cette décision ne changera pas pour nous.
Une immersion au cœur de la réalité du burn-out
La Maison des BURN'ettes est un lieu d'accueil, de répit et de reconstruction dédié aux femmes en burn-out. Chaque année, nous y accompagnons des femmes aux parcours différents, mais qui partagent souvent les mêmes difficultés : l'épuisement extrême, l'incompréhension de leur entourage, les obstacles administratifs, les difficultés de reconnaissance de leur état de santé et les incertitudes liées à leur avenir professionnel.
Au-delà de la découverte du lieu, les sénatrices ont souhaité rencontrer les équipes, les professionnelles, les bénévoles et les partenaires qui œuvrent quotidiennement pour prévenir le burn-out et accompagner celles qui le traversent. Cette visite a permis d'aborder concrètement les réalités auxquelles sont confrontées les personnes concernées : des parcours de soins parfois complexes, des délais de prise en charge, des freins au retour à l'emploi, et les conséquences durables que l'épuisement peut avoir sur la vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle.
Plus de 3 000 parcours pour comprendre les enjeux du burn-out
Depuis sa création, L'BURN a accompagné plus de 3 000 femmes confrontées au burn-out. Cette expérience nous permet aujourd'hui de développer une compréhension fine des mécanismes du burn-out et de porter auprès des institutions une parole ancrée dans les réalités du terrain. Car derrière les statistiques, il y a des trajectoires de vie. Des femmes qui ont tenu trop longtemps, qui ont continué malgré les signaux d'alerte, qui se sont effondrées parce que les ressources dont elles disposaient n'étaient plus suffisantes pour faire face aux exigences auxquelles elles étaient confrontées.
Ces milliers de parcours nous ont appris que le burn-out ne se résume ni à un épuisement individuel, ni à une question de retour au travail. Il s'agit d'un phénomène complexe, qui mobilise des enjeux médicaux, psychologiques, sociaux, organisationnels et juridiques. C'est cette lecture globale qui a guidé les recommandations que nous avons partagées avec les sénatrices.
Les recommandations portées par L'BURN
À l'occasion de cette rencontre, nous avons partagé plusieurs recommandations issues de nos observations de terrain et de notre travail collectif avec les femmes accompagnées, les professionnelles de santé, les chercheurs et les acteurs de l'écosystème.
Reconnaître le burn-out comme un syndrome à part entière
Aujourd'hui encore, le burn-out ne bénéficie pas d'un cadre diagnostique suffisamment clair : il est même trop souvent confondu avec d'autres diagnostics. Cette situation crée des incompréhensions, des retards de prise en charge et des parcours parfois difficiles. Une meilleure reconnaissance permettrait de sécuriser les parcours de soins, de faciliter l'orientation des patients et de renforcer la compréhension du phénomène.
Renforcer la prévention et le repérage précoce
Le burn-out ne survient pas du jour au lendemain : il résulte d'un processus qui s'installe progressivement. Mieux former les acteurs du monde du travail, développer le repérage précoce et renforcer la prévention des risques psychosociaux sont des leviers essentiels pour éviter que l'épuisement ne devienne irréversible.
Reconnaître le rétablissement post burn-out comme un parcours à part entière
Sortir du burn-out ne se résume pas à retrouver assez d'énergie pour reprendre une activité professionnelle. Le rétablissement est un processus complexe, qui implique souvent une reconstruction physique, psychologique, sociale et identitaire. C'est pourquoi nous plaidons pour la création de lieux dédiés à cette phase de reconstruction.
Mieux prendre en compte les réalités vécues par les femmes
Les femmes restent particulièrement exposées au burn-out. Les responsabilités professionnelles, familiales et domestiques continuent de se cumuler et de créer des situations de surcharge chronique. Cette réalité doit être davantage prise en compte dans les politiques de prévention, les dispositifs d'accompagnement et les travaux de recherche.
Faire évoluer la reconnaissance des affections psychiques liées au travail
Lorsque l'origine professionnelle de la souffrance psychique est clairement établie, les dispositifs de reconnaissance doivent permettre une prise en compte plus adaptée de la réalité vécue. Il s'agit non seulement d'un enjeu de réparation, mais aussi d'un levier pour faire progresser la prévention.
Un rapport qui faisait écho aux constats du terrain
Ces recommandations, nous ne les avons pas portées dans le vide. Le rapport de la mission s'intitule « Quand le travail consume : l'urgence de lutter contre l'épuisement professionnel ». Son titre, à lui seul, dit ce que nous observons chaque jour.
On ne s'effondre pas d'un burn-out comme on traverse une déprime. Une personne en burn-out est consumée de l'intérieur, jusqu'à un effondrement physique, émotionnel et cognitif. Elle veut, mais elle ne peut plus. Cette distinction avec la dépression n'est pas un détail de vocabulaire : c'est la condition d'une prise en charge adaptée, car on ne soigne bien que ce que l'on comprend bien. Que le rapport reconnaisse cette spécificité est une avancée réelle.
Parmi les 39 recommandations figurait d'ailleurs celle que nous portons : réunir une conférence de professionnels pour élaborer une définition harmonisée de l'épuisement professionnel. C'est le point de départ de tout. Il faut en effet distinguer deux temps : reconnaître et soigner d'abord ce que vit la personne ; questionner les causes et les responsabilités seulement dans un second temps. Poser un diagnostic et établir une responsabilité sont deux démarches différentes.
Certains y voient un risque : celui de faciliter la reconnaissance de l'origine professionnelle du burn-out et, par là, de fragiliser les entreprises. Nous pensons au contraire qu'une définition partagée est avant tout un outil de compréhension. Elle permet de mieux repérer les situations, d'orienter les personnes vers une prise en charge adaptée et de renforcer la prévention au sein des organisations. Faute d'un tel cadre, des milliers de personnes peinent aujourd'hui à être diagnostiquées, soignées et reconnues.
Une occasion manquée pour faire avancer la compréhension du burn-out
Nous regrettons profondément que ce rapport n'ait pas été rendu public. Fruit de cinq mois de travaux, d'auditions et de déplacements sur le terrain, il rassemblait les contributions de professionnels, de chercheurs, de partenaires sociaux, d'associations et de personnes concernées. Sa publication aurait permis d'alimenter le débat public autour d'un enjeu de santé au travail qui concerne aujourd'hui de nombreuses organisations et des milliers de personnes.
Nous entendons que certains aient exprimé des réserves, notamment sur la place accordée aux employeurs. Mais le burn-out ne peut être appréhendé sous le seul prisme des relations sociales ou des responsabilités. C'est un phénomène complexe, qui touche aussi bien les salariés que les dirigeants, les indépendants ou les employeurs eux-mêmes, et qui gagne à être regardé dans toute son ampleur.
Le burn-out ne devrait pas être un sujet de clivage politique. C'est une réalité de santé publique que nous observons chaque jour, à travers les parcours des femmes que nous accompagnons. À l'heure où la santé mentale est érigée en Grande Cause nationale pour 2025 et 2026, faire progresser la connaissance du burn-out est une condition indispensable pour améliorer sa prévention, sa reconnaissance et l'accompagnement des personnes concernées.
Notre porte reste ouverte
Nous saluons le travail des sénatrices qui ont conduit cette mission : leur écoute, la qualité des échanges et l'attention portée aux réalités de terrain.
À toutes les sénatrices et à tous les sénateurs qui souhaitent mieux comprendre le burn-out, les portes de la Maison des BURN'ettes restent grandes ouvertes. Au-delà des rapports et des chiffres, ils pourront y rencontrer les femmes que nous accompagnons, échanger avec les professionnelles qui les entourent et découvrir ce qu'est un parcours de rétablissement. Ils y verront que le burn-out n'est ni un abus, ni une posture idéologique : c'est une réalité qui peut bouleverser une vie, et dont on a besoin d'être soigné.
Le burn-out n'est pas une faiblesse individuelle. C'est un phénomène complexe, à la croisée des enjeux de santé publique, de santé au travail, d'égalité et d'organisation du travail. Mieux le comprendre est la condition pour mieux le prévenir, mieux l'accompagner et construire des réponses adaptées, au bénéfice des personnes comme des organisations.
Le débat ne s'arrêtera pas là. À L'BURN, nous poursuivrons notre engagement en partageant les enseignements de plus de 3 000 parcours d'accompagnement et en contribuant, aux côtés de l'ensemble des acteurs concernés, à faire progresser les connaissances, les pratiques et les politiques publiques. Car c'est en croisant les savoirs scientifiques, les expertises professionnelles et l'expérience des personnes concernées que nous construirons des réponses plus justes, plus efficaces et plus humaines.




Cela devient un vrai fléau… Avec plus ou moins d intensité !