L’BURN porte la question du burn-out au Sénat

09.04.2026 | Comprendre le burn-out, La vie de L'BURN

Par Marie-Caroline Caillet

Mardi 24 mars, nous avons été auditionné•e•s au Sénat dans le cadre de la mission d’information sur la souffrance psychique au travail : un défi social et collectif à relever.

Un moment important parce qu’il a permis de faire entendre, dans une enceinte institutionnelle, ce que nous observons depuis longtemps sur le terrain : le burn-out ne se résume pas à une fragilité individuelle. Il dit quelque chose de notre manière d’organiser le travail, de reconnaître la souffrance… et d’invisibiliser certaines réalités, en particulier celles des femmes.

Dans quelle mesure la double charge vie professionnelle et vie familiale intervient dans le burn-out ?

Parmi les questions posées, il y avait celle-ci : dans quelle mesure la double charge que représentent la vie professionnelle et la vie familiale intervient-elle dans les situations de burn-out ?

Et surtout : complique-t-elle la reconnaissance du burn-out en tant que maladie ou accident professionnels ? Nous posons cette question parce qu’il est encore répandu que la dépression relèverait d’une « fragilité » personnelle. D’un problème personnel donc, tandis que le burn-out concernerait le travail. Partant de ce postulat, toute situation personnelle qui viendrait surcharger la personne au travail pourrait disqualifier l’impact et le rôle du travail dans une situation de souffrance psychique.

Alors à la question de savoir si la double charge entre vie professionnelle et vie familiale peut compliquer la reconnaissance du burn-out, à la fois comme maladie professionnelle et comme accident du travail mais aussi comme diagnostic, notre réponse était très claire : Oui.

Pourquoi ? Parce-que les situations de burn-out que nous observons sont progressives, cumulatives, souvent multifactorielles (surtout pour les femmes) et que notre système de reconnaissance peine encore à appréhender cette complexité :

  • Surcharge de travail
  • Exigences émotionnelles
  • Manque de reconnaissance
  • Charge mentale
  • Parentalité
  • Situation d’aidance
  • Fatigue chronique
  • Difficulté à récupérer
  • Et c’est précisément là que le problème commence : plus la réalité est fidèle à ce que vivent les personnes, plus elle devient difficile à faire reconnaître juridiquement.

    Le diagnostique de dépression, une solution précaire face au flou juridique du burn-out

    Nous avons alors partagé plusieurs constats.

    D’abord, celui d’une requalification fréquente du burn-out en dépression, dès lors qu’apparaissent des éléments personnels ou familiaux. Comme si le fait d’avoir des enfants, une charge mentale ou une vie hors travail suffisait à fragiliser, voire à disqualifier, le lien entre santé et travail.

    Certaines femmes nous disent :

    « Mon médecin parlait de burn-out, mais sur l’arrêt de travail il a écrit dépression. »

    « Comme il y avait aussi des éléments liés à mes enfants, on m’a dit que ce n’était pas un burn-out. »

    Ce glissement n’est pas neutre. Il ne change pas seulement les mots. Il change la manière dont la souffrance est interprétée : elle devient plus facilement psychologisée, individualisée, renvoyée à une vulnérabilité personnelle. Les causes organisationnelles, professionnelles, parfois même parentales, deviennent alors plus invisibles.

    Nous avons rappelé que le burn-out ne figure dans aucun tableau de maladies professionnelles en France. Qu’il faut donc passer par des procédures restrictives, longues, complexes. Que le seuil d’incapacité permanente exigé est particulièrement difficile à atteindre pour les troubles psychiques. Et qu’en pratique, cela laisse de nombreuses personnes au bord du chemin.

    Nos données de terrain le montrent aussi : près de la moitié des répondantes à notre questionnaire disent avoir eu le sentiment que leur diagnostic avait été requalifié, souvent du burn-out vers la dépression.

    Au fond, ce que tout cela révèle, c’est une limite plus large.

    Repenser le paradigme du travail pour prévenir l'épuisement

    Aujourd’hui, les politiques de prévention des risques psychosociaux identifient plutôt bien les grands facteurs : intensité du travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, conflits, perte de sens.

    Mais elles restent encore largement construites à partir d’une vision abstraite et standardisée du travail.

    Or, ce que montrent les situations que nous observons, en particulier chez les femmes, c’est que le problème n’est pas uniquement le travail. C’est aussi et souvent l’interaction entre le travail réel (qu’il faudrait donc absolument prendre en compte) et les conditions de vie réelles.

    Comme le rappelait le rapport Gollac de 2011 sur les risques psychosociaux, le travail n’agit pas dans le vide.

    Il s’inscrit dans une vie.

    Et selon cette vie, les mêmes contraintes peuvent être soutenables… ou devenir épuisantes. Le problème n’est donc pas seulement que le travail déborde sur la vie personnelle. C’est que, pour certaines personnes, la vie personnelle déborde déjà… avant même que le travail ne commence. Comment l’organisation de travail peut-elle accueillir cela ?

    C’est sans doute là qu’il faut commencer à déplacer le regard.

    Jusqu’où allons-nous continuer à demander aux humains d’adapter toute leur vie au travail, plutôt que d’adapter le travail à la réalité humaine, ce que le droit du travail impose d’ailleurs déjà ?

    L’ergonomie est née pour adapter les machines, les postes et les gestes à l’être humain.

    Peut-être est-il temps, de la même manière, de revoir plus largement le paradigme du travail lui-même, pour qu’il cesse de consumer celles et ceux sur lesquels il repose.

    Pour voir la vidéo complète de l'intervention, cliquez ici.

    Merci au Sénat pour cette audition, et merci à toutes celles qui témoignent, documentent, rendent visible ce qui, trop souvent, reste tu.

    #SantéMentale #Burnout #Travail #RPS #SantéAuTravail #ÉgalitéFemmesHommes

    #ChargeMentale #Prévention #Sénat






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