Portrait de Cathy : retrouver ses appuis avec la terre comme point d’ancrage

21.10.2026 | Paroles et parcours

Après un burn-out en 2023, Cathy a trouvé dans le dessin puis la poterie des ressources précieuses pour sa reconstruction. Aujourd'hui, elle anime ses propres ateliers. Entre ces deux moments, un cheminement fait de découvertes, d'apprentissages, de rencontres et de décisions mûries avec le temps. À l'occasion des Semaines d'information sur la santé mentale 2026, consacrées aux liens entre art et santé mentale, elle partage son expérience.

« La terre me renvoie une image concrète de ce que je suis capable de créer. »

Pour Cathy, la poterie a d'abord été un espace de répit et de reconnexion à soi, avant de devenir un projet professionnel. Ce cheminement s'est construit sur plus de deux ans, au fil de ses expériences et des accompagnements qu'elle a mobilisés, avec une attention particulière à son propre rythme.

Quand la pratique artistique devient une ressource

En janvier 2023, Cathy traverse un burn-out. À cette période, elle se souvient avoir été « tétanisée », au point de ne plus pouvoir sortir de chez elle.

Quelques mois plus tard, elle s'inscrit à des cours de dessin en ligne, autour des émotions. Elle peut suivre les vidéos à son rythme. Cette première expérience lui procure du bien-être, même si elle porte encore un regard très critique sur ses créations.

La découverte de la poterie intervient en 2024, après un bilan réalisé sur les conseils de son psychologue. La piste ne lui parle pas immédiatement, mais elle garde le souvenir d'une émotion positive, « comme une vague rassurante ».

L'occasion d'essayer se présente pendant des vacances, lors d'une fête de village. Face à ses difficultés à travailler la terre, l'enseignant lui propose de modeler les yeux bandés.

« Là, j'ai senti des émotions envahir tout mon corps. J'ai senti mes mains se connecter à la terre et j'ai lâché prise, lâché le mental. [...] J'ai créé une tasse que j'ai encore ! »

Cathy commence alors à suivre des cours réguliers. Les difficultés cognitives liées à son burn-out rendent les premières séances exigeantes : mémoriser les consignes, retenir les noms des outils, rester concentrée pendant deux heures. Avec une enseignante attentive à son rythme, elle poursuit ses apprentissages et gagne progressivement en autonomie.

Elle reprend également le dessin, participe à des stages de tournage et de modelage et découvre différentes matières, dont la porcelaine, pour laquelle elle développe un véritable attachement.

Mais à ce stade, il n'est pas question d'en faire un métier.

« Je n'étais pas dans l'optique de m'installer, pas du tout. Cela me permettait de calmer mon anxiété, de retrouver ma confiance en moi, d'avoir des moments à moi pour moi, gérer mieux mes émotions, mon hypersensibilité. »

Retrouver confiance dans ses sensations et ses capacités

Le contact de la terre, sa température, sa texture, l'eau, la répétition des gestes, l'attention portée à la matière : autant de sensations qui aident Cathy à se reconnecter à son corps et à l'instant présent.

« La terre me permet de ressentir un lien très fort avec le rétablissement psychologique, car je suis obligée de lâcher prise, d'être au présent. C'est une matière vivante avec plusieurs imprévus. »

Une pièce peut se casser, mal sécher ou ne pas résister à la cuisson. Le travail de la terre demande de s'adapter, d'accepter l'imperfection, parfois de recommencer.

Au fil de sa pratique, Cathy observe des changements dans son quotidien : l'apaisement des ruminations, la diminution de l'hypervigilance et des crises d'angoisse, une confiance retrouvée dans ses capacités.

« Le dessin m'a réappris à regarder, à travailler le trait, la vision et l'expression des mots. La poterie m'a réancrée dans la matière, le toucher, le volume, le lâcher-prise, l'instant présent. »

Son expérience fait écho au thème des Semaines d'information sur la santé mentale 2026 : « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts », en illustrant la place que les pratiques artistiques peuvent prendre dans un parcours de reconstruction, en complément d'autres formes d'accompagnement.

Reprendre une activité professionnelle : une envie, mais pas à n'importe quel prix

Début 2026, la question de l'avenir professionnel se précise. Cathy envisage plusieurs possibilités, entre pratiques artistiques et emploi salarié. La sécurité financière compte dans sa réflexion.

Elle connaît aussi les difficultés de l'entrepreneuriat. Une précédente liquidation judiciaire et des expériences éprouvantes avec certains clients ont laissé des appréhensions. L'envie de construire un nouveau projet est présente, mais elle ne suffit pas encore à lever ses doutes.

En janvier, Cathy prend rendez-vous avec un conseiller de la BGE, un réseau d’accompagnement à la création d’entreprise, pour explorer la possibilité de créer une activité.

« Le conseiller, en janvier, m'a dit : "Tu n'es pas prête, reviens en avril." Et il avait raison. J'étais dans mes peurs des conséquences de ma liquidation judiciaire et les agressions des clients, la peur de l'échec. »

Cathy partage ce constat et choisit de poursuivre son exploration plutôt que de précipiter son projet.

Pendant les mois qui suivent, elle mobilise plusieurs ressources complémentaires.

Son accompagnement psychologique se poursuit. Elle approfondit ses compétences en poterie à travers des cours et des stages intensifs. Elle intègre également BURN'ette is Back, le programme de remobilisation professionnelle de L'BURN, dont les exercices l'aident à avancer dans sa réflexion.

En avril, elle retourne à la BGE.

« J'avais avancé avec le BIB et mon psy. Là, j'étais prête. Le BIB m'a aidée par les exercices proposés, mon psy pour dénouer les mémoires corporelles, les stages m'ont permis de répéter les gestes devenus plus précis. »

Trois mois séparent ces deux rendez-vous. Un temps durant lequel Cathy a pu travailler sur ses appréhensions, consolider ses compétences et clarifier ses aspirations.

Construire un projet à son image

La décision de Cathy se précise en juin 2026. Elle souhaite créer un atelier de poterie.

Elle s'appuie sur les compétences déjà acquises, tout en identifiant ce qu'il lui reste à apprendre. Une formation auprès d'une école spécialisée lui permet d'approfondir les aspects techniques, réglementaires et pratiques du fonctionnement d'un atelier. Avec la BGE et les professionnels qui l'accompagnent, elle structure progressivement son projet.

Chez elle, une pièce devient un atelier. Elle s'équipe d'un tour, expérimente, s'entraîne pendant des heures.

« À mesure que je m'entraîne, que je suis les cours, les stages, les conseils, mes gestes gagnent en assurance face à la matière, ma confiance intérieure se restaure. La terre me renvoie une image concrète de ce que je suis capable de créer. »

Ce travail, les rendez-vous avec des psychologues EMDR et kinésiologues, lui permettent de lâcher prise et de prendre de la distance avec son passé professionnel. Elle évoque notamment l'importance d'avoir pu détacher son identité de cette expérience et retrouver le plaisir de construire un projet.

Aujourd'hui, Cathy propose à son tour des ateliers de poterie. Elle y partage une pratique et des techniques, mais aussi ce qui l'a elle-même tant intéressée dans le travail de la terre : le plaisir de créer, le rapport à la matière, l'attention au geste et la liberté d'expérimenter.

Et lorsqu'elle évoque ce qu'elle a construit, Cathy ne parle pas seulement d'un nouveau métier.

« C'est plus qu'une activité que j'ai ouverte : c'est un mode de vie plus juste, plus ancré et profondément serein que j'ai choisi de bâtir. Pouvoir offrir à mon tour cet espace de respiration, de bien-être à mes clients me redonne un sens profond à mon quotidien. »

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